L’agilité c’est faire évoluer un produit pour que celui-ci apporte un maximum de valeur à ses utilisateurs. De ce fait il apparait naturel qu’un produit développé de manière agile réponde parfaitement à l’utilisation qui en sera faite. Donc d’un point de vue fonctionnel, il semble que l’agilité permette d’atteindre un certain type de perfection.

Qu’en est-il de l’autre côté de la barrière : coté développement. Hélas, maximiser la valeur du produit ne garantie pas que l’aspect technique soit parfait. En effet, certains raccourcis techniques, habituellement peu recommandés, permettent tout de même d’apporter de la valeur. Quitte à créer de la dette technique volontairement ou pas.

Ainsi un produit Agile parfait pour l’utilisateur peut être imparfait dans sa conception et son élaboration, bien qu’en agilité nous avons coutume de prôner la qualité et l’excellence technique ?!

Nous voyons ici un paradoxe qui mérite de prendre du recul. La question n’est-elle pas tout simplement liée à la notion de perfection ? Tâchons donc de mieux appréhender cette notion de perfection.

Selon le dosage que nous y mettons quant à l’objectif que nous souhaitons atteindre et la manière de l’atteindre, le perfectionnisme peut être sain ou toxique. Les illustrations qui suivent permettent de différencier ces deux types de perfectionnisme.

Perfectionnisme Sain (PS) vs. Perfectionnisme Toxique (PT)

 

Perfectionniste Sain Perfectionniste Toxique
Il dit : « Je veux mieux que bien. » Il dit : « Je veux mieux que mieux. »
Il sait prendre des décisions importantes et vise des standards élevés mais précis. Il veut atteindre le sommet à tout prix et refuse de ne pas être en première place.
Il a des objectifs déterminés réaliste et réalisables, mûrement réfléchis. Il a des objectifs irréalistes ou impossibles à atteindre mais auxquels il se compare et s’identifie
Il agit méthodiquement et minutieusement. Il accepte la possibilité d’un échec, ou plutôt d’une non-réussite. Il reste concentré sur l’objectif et redoute les possibilités d’erreur. Il craint de ne pas réussir.
Il considère qu’une demi-réussite n’est pas un échec. Il regarde ce qui a été accompli et sait trouver de la satisfaction dans le résultat atteint. Il considère que le demi-échec équivaut à un échec total. Il est focalisé sur ce qui reste à accomplir. C’est un éternel insatisfait même si ce qu’il réalise est très bien.
Il accepte avec plaisir les compliments. Il réagit avec scepticisme ou colère aux compliments.
Il tire des leçons d’une erreur et cherche à faire mieux. A la suite d’une erreur, il craint une nouvelle expérience.
Il comprend que la perfection n’est pas de ce monde Il abuse du mot devoir. Il doit toujours faire mieux car son univers doit être sans défaut.

C’est l’histoire du verre à moitié vide ou du verre à moitié plein. Le niveau du verre est le même, mais dans le cas du perfectionniste toxique nous nous concentrons sur ce qui est absent. Nous nous focalisons sur ce qui n’existe pas. Nous pointons les erreurs et ce qui n’a pas été atteint. Nous considérons que nous aurions pu faire mieux. Et surtout que nous aurions dû faire mieux. Résultat : insatisfait nous nous dévalorisons et nous décourageons.

Dans le cas du perfectionniste sain, nous nous concentrons sur ce qui est. Nous voyons ce qui a été atteint et nous nous en félicitons. Nous portons un regard lucide sur ce qui n’a pas fonctionné pour apprendre et progresser. Résultat : nous nous améliorons peu à peu et continuons d’expérimenter.

« Pour les humains, la perfection est inaccessible, l’excellence oui. Fais ton travail du mieux que tu peux, en acceptant les erreurs inévitables. » Alejandro Jodorowsky

Perfectionnisme et Agilité

Dans les équipes et notamment les équipes agiles, nous recherchons l’excellence dans le sens du « perfectionnisme sain ». Les équipes agiles doivent tout de même rester vigilantes et ne pas basculer dans le perfectionnisme toxique.

Quel que soit votre rôle dans une organisation, il est tout à fait pertinent de vouloir faire les choses bien. Si l’ambition de bien faire les choses tourne à l’obsession, que vous êtes très exigeant envers les autres et envers vous-même, si vous mettez un temps fou à exécuter la moindre petite tâche car vous ne pouvez tolérer de commettre des erreurs, si vous n’avez presque plus de temps à vous accorder des moments de plaisir, à vous et à votre équipe… Vous êtes peut-être en train de basculer dans le perfectionnisme à outrance, le perfectionnisme toxique. Prenez conscience que cette attitude entraînera des répercussions sur votre vie professionnelle, votre vie d’équipe et de membre de l’équipe, et peut aller jusqu’à se répercuter sur votre vie personnelle.

Sans aucun doute le perfectionnisme toxique mène à des difficultés sociales importantes. Ces personnes ont de la difficulté à travailler en équipe, à déléguer, à accepter la critique, ou considérer le point de vue d’autrui. Ils doutent constamment des idées des autres qui sont partagées, mais ils doutent également d’eux même. Ceux-ci rencontrent des difficultés à accepter les limites et les imperfections de tous, incluant les leurs. Les succès ou les échecs sont, pour ces personnes, indicateurs de leur valeur personnelle. Vous comprendrez donc que le perfectionnisme toxique mène le travail en équipe agile dans une impasse et une autodestruction.

Outre les symptômes individuels témoignant du perfectionnisme toxique, les symptômes peuvent apparaitre au niveau de l’équipe agile. Une équipe agile entrainée vers le perfectionnisme toxique va chercher à éviter l’erreur à tout prix. Cette peur de l’erreur va mener l’équipe à des modes de fonctionnement anti-agiles comme : des longues phases d’analyse du besoin ; de longues phases d’analyse de l’existant ; de la collecte d’information inutiles ; des études techniques très détaillées ; des design fonctionnels et techniques à outrance ; des définitions de scénarios de tests extrêmes et parfois inutiles ; des reports continuels de livraison en production…

C’est le rôle du coach agile, du Scrum Master, du Product Owner, de chaque membre de l’équipe et de l’organisation au complet, de veiller à ce que chaque maillon de l’organisation se focalise à l’atteinte du perfectionnisme sain en évitant coute que coute de tomber dans l’extrémisme du perfectionnisme toxique.

Conclusion : l’agilité et le perfectionnisme cohabitent…

… Si, et seulement si, ce perfectionnisme est sain. On retrouve d’ailleurs selon la définition du perfectionnisme sain des principes fondamentaux et les valeurs agiles. Ainsi les équipes agiles visent la perfection de manière saine en : sachant prendre des décisions importantes ; en visant des standard élevé et précis ; en se fixant des objectifs déterminés, réaliste et réalisables ; en agissant méthodiquement et minutieusement ; en acceptant la possibilité d’une non-réussite ; En inspectant ce qui a été accompli et en sachant trouver de la satisfaction dans le résultat atteint ; en tirant aussi les leçons des erreurs et en cherchant à faire mieux…

Si vous êtes amené à croiser des équipes qui se disent « agile ». Et si ces équipes vivent dans l’obsession de la perfection, la peur de l’erreur et de l’échec, alors ces équipes sont plus en difficulté qu’elles ne sont agiles. Ce sont des équipes qui sont en stress et qui ne peuvent donc pas prétendre d’atteindre un jour la perfection saine proposé par l’Agilité.

©️ Adrien VANDERPOL | Consultant Klanik

Sources : Vivre la sagesse Toltèque au quotidien- xavier cornette de saint cyr

https://drenadiapsychologue.com/2019/12/12/le-perfectionnisme-cest-sain-ou-malsain/

https://psyberri.com/le-perfectionnisme-exigences-elevees-et-attentes-irrealistes/