Comment peut‑on imaginer que les fondements de nos nouvelles technologies remontent à plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires ! Selon la mythologie chinoise, le roi Fu Xi, le premier des trois Augustes, eut la révélation des huit trigrammes sur la carapace d’une tortue qui sortait de la rivière à l’endroit même où il méditait. Ainsi est né, il y a environ cinq mille ans, le concept philosophique fondamental de la Chine ancienne utilisé dans le taoïsme, le Yi Jing (Le Classique des Changements), et aussi dans d’autres domaines de la culture chinoise tels le feng shui (harmonisation de l’énergie) et les arts martiaux

Environ mille ans avant notre ère, le roi Wen compléta le Yi Jing en introduisant soixante‑quatre hexagrammes issus de la combinaison de deux trigrammes. Ces figures toutes composées de six lignes, brisées pour le yin et continues pour le yang, représentent une structure mathématique permettant soixante‑quatre états possibles : 64 = 26 (2 états pour 6 lignes)

Il faudra attendre la fin du XVIe siècle pour que le philosophe anglais Francis Bacon (1561 ‑ 1626) mette au point un alphabet bilitère, composé des deux lettres A et B et permettant ainsi de chiffrer des messages. C’est le début de la cryptographie. Bacon disait : « On ne commande à la Nature qu’en lui obéissant. »

Environ un siècle plus tard, le philosophe‑mathématicien allemand Gottfried Wilhelm Leibniz (1646 ‑ 1716) s’intéresse aux travaux de Bacon, aux trigrammes du Yi Jing et invente l’arithmétique binaire. Cette numérotation composée des chiffres 0 et 1, est le codage actuel de nos ordinateurs. Leibniz pensait que « Tout est créé à partir de l’unité et du néant. »

Au XIXe siècle, le philosophe‑mathématicien britannique George Boole (1815 ‑ 1864) invente une algèbre binaire n’acceptant que les deux valeurs numériques 0 et 1. L’algèbre de Boole est la partie mathématique de la logique et de l’électronique, donc de nos ordinateurs !

L’algorithmique remonte au temps des Babyloniens qui l’utilisèrent pour le calcul complexe des taxes commerciales. Le premier algorithme célèbre est celui du livre VII des Éléments d’Euclide (IIIe siècle av. J.‑C.) et concerne le calcul du plus grand commun diviseur (PGCD). C’est à partir des travaux d’Euclide qu’au IXe siècle le mathématicien‑astronome perse Muhammad Al Khwârizmi systématisa la notion d’algorithme à qui il légua son nom latinisé Algoritmi.

D’autres domaines de l’informatique ont des origines anciennes : issue de l’analyse systémique, c’est en 1977 que la méthode MERISE voit le jour à Aix-en-Provence. S’appuyant à la fois sur les quatre préceptes de la méthode cartésienne (évidence objective, décomposition, hiérarchisation et exhaustivité) et sur le principe organisationnel pascalien (lier la connaissance des parties à celle de son tout, et la connaissance du tout à celle de ses parties), cette méthode fut une évolution majeure dans le domaine de la conception des systèmes d’information et reste aujourd’hui encore largement utilisée

 

Sans être passéiste, je pense qu’il est bon de se souvenir et de tirer profit de notre Histoire. Cette clé qui ouvre notre connaissance sur le passé permet de comprendre le présent afin de préparer au mieux l’avenir. À ce sujet, Sénèque nous disait que « Le passé doit conseiller l’avenir. »

Nicolas Orneto