Il y a quelques années, ma fille adolescente découvrait au collège la littérature française et à cette occasion me demanda la définition de la sagesse. Qu’est-ce que la sagesse ? Je me gardai bien de lui donner hâtivement une réponse sachant que le paradoxe de tels concepts communément partagés est qu’ils ne possèdent pas de définition universellement satisfaisante ! Si vous n’êtes pas convaincus, prenez le temps de décrire ce que représente pour vous l’Amour et partagez votre vision avec celle de quelques proches. Vous constaterez alors que ce sentiment que nous partageons tous possède de multiples définitions mais aucune vraiment capable de tous nous rassembler ! Dès lors que l’on tente de définir des concepts relatifs à la complexité humaine, nous nous trouvons dans une impasse globalisante et restrictive. Il devient alors très difficile, voire impossible de proposer une définition qui mette tout le monde d’accord !

C’est pourquoi, je répondis à ma fille que la sagesse était un comportement humain, un ensemble de règles de conduite conforme à des valeurs que nous portons et ordonnées en fonction de priorités propres à chacun. Parmi ces valeurs, on y trouve la sincérité, la justice, la bienveillance… Et selon ma vision, pour emprunter le chemin de nous rendre sage, il fallait commencer par respecter les trois règles suivantes :

1.La tempérance

La tempérance est la mère de toutes les vertus sans laquelle rien n’est possible. Elle permet de surfer sur les voies escarpées de la juste mesure, entre les extrêmes du tout et du rien. Douter mais sans douter systématiquement de tout car il faut savoir faire confiance. Être humble et savoir parler de soi avec la dose de modestie suffisante. Être tolérant sans pour autant devenir laxiste. User d’autorité sans sombrer dans l’autoritarisme. Quand la ténacité n’est pas synonyme d’entêtement, alors elle représente le courage et la persévérance nécessaires à toutes réussites. Exit la pensée binaire !

2.L’acceptation.

Savoir accepter les contraintes qui s’imposent et sur lesquelles aucune emprise n’est possible. Mais attention à ne pas tout accepter sans condition (règle n°1) ! Savoir s’adapter à des situations imprévues permet d’apprendre à mieux se connaître. Accepter les critiques constructives permet de s’améliorer. Accepter que la seule chose que l’on sait, est que l’on ne sait rien ! S’accepter soi­‑même afin d’accepter les différences des autres. Accepter que la vérité d’un jour puisse être l’erreur du lendemain. Accepter l’incertitude, l’incomplétude et l’inachèvement. Exit les convictions !

3.Le discernement.

La curiosité permet de prendre des directions inattendues et parfois très gratifiantes. L’esprit critique, utilisé avec modération (règle n°1) et guidé par l’acceptation (règle n°2), permet de vérifier que toute vérité qui se présente, pourrait bien être reconnue comme telle. Le discernement est un filtre permettant la séparation du subtil et de l’épais, du bien et du mal, c’est la qualité du bon grain dépouillé de ses impuretés. Ainsi, le discernement permet de ne pas faire d’un cas particulier une généralité. Exit la pensée holistique !

Mais que valent ces règles sans un bon liant, sans un solide ciment ? Ni le dépit, ni le renoncement ne doivent décider à notre place. Ce que l’on fait sans amour aura toujours le goût amer de la contrainte. Dans la quête de la sagesse, notre cœur doit être notre guide, et l’inspiration le moteur qui nous pousse vers l’excellence.

Nicolas Orneto