Ce second article suit la brève introduction sur les origines, les principes majeurs et les possibles explications à l’engouement actuel du biomimétisme.

Comme annoncé dans l’article précédent, l’eau était considérée par Socrate comme un des quatre éléments vitaux qui compose tout élément matériel. C’est autour de ce thème que je propose de vous montrer des mises en application potentielles ou concrètes du biomimétisme.

L’énergie hydrolienne

L’élan pour les énergies renouvelables au début des années 2000 a mis en lumière de nouveaux concepts et l’hydrolienne en fait partie. Comme son nom l’indique, c’est une invention relative à l’eau, et qui, comme l’éolien qui transforme les flux d’air en énergie, va transformer les flux d’eau en énergie.

Plusieurs sociétés (Sabella, Eel Energy, HydroQuest …) appuyées par de grands groupes, se sont lancées sur ce nouveau marché qui aurait un potentiel a priori énorme : les courants marins et les marées sont comme le vent, illimités et la propriété de personne.

Il existe une multitude de projets d’hydroliennes, utilisant des méthodes différentes. Mais le prototype qui va nous intéresser est celui de l’image ci-dessus.

Ce concept d’hydrolienne reproduit le mouvement ondulatoire que l’on retrouve chez les animaux marins et c’est le courant qui va provoquer ces mouvements, ce qui créera de l’énergie, utilisable une fois transformée.

Cette société s’est basée sur le biomimétisme pour créer une innovation qui pourrait répondre à certaines problématiques énergétiques actuelles. On peut retrouver certains concepts décrits dans le premier article comme :

  • « La nature adapte la forme à la fonction » : c’est l’ondulation de l’anguille qui a donnée l’idée d’utiliser ce mouvement pour en faire de l’énergie et non l’inverse.
  • « La nature valorise l’expertise locale » : dans le sens où l’on peut se servir au mieux de ce que la terre nous offre sans la dénaturer. Ce qui va faire le lien avec le troisième concept.
  • « La nature limite les excès de l’intérieur » : ne sera produite que l’énergie transformée des courants marins et cela ne pourra pas être surexploité. On ne peut pas créer plus d’énergie que ce que les courants donnent.

Cependant, les hydroliennes, que l’on pourrait croire le futur de l’énergie, ne sont encore pas assez utilisées et parfois trop coûteuses à mettre en place et à maintenir. L’Etat Français n’a pas fait non plus le choix d’investir dans les hydroliennes comme il l’a fait dans les éoliennes pour le futur des énergies renouvelables, ce qui est regrettable car la France bénéficie de nombreuses entreprises (en comparaison à d’autres puissantes nations) essayant de percer dans l’énergie marine.

Les torpilles, les pingouins et la crevette

Non, ce n’est pas l’histoire d’un conte sibérien pour endormir les enfants russes. Par contre ce sujet a en effet un étroit rapport avec la Russie.

A la suite de la seconde guerre mondiale, la planète a rapidement été divisé entre deux puissances majeures : les Etats-Unis et l’Union Soviétique (URSS). Ce conflit généré, plus connu sous le nom de « Guerre Froide », avait grossièrement pour objectif de savoir qui était la première puissance mondiale. C’est ainsi que l’affrontement s’est joué sur plusieurs terrains : technologiques, économiques, territoriaux, culturels ou encore la fameuse course à l’armement.

C’est ce dernier point qui va retenir notre attention. Vers les années 1960, les Russes ont inventé un nouveau type de torpille, la VA-111 Chkval.

Les ingénieurs russes se sont posés la question suivante : comment avoir une puissance de frappe sous-marine plus efficace que celle des Américains ? Sachant que les points forts des Russes, à cette époque, étaient plutôt le déplacement et la puissance de feu sous-marine au dépens de la furtivité (ils étaient beaucoup plus bruyants et possédaient des sonars bien moins performants que ceux du bloc de l’Ouest).

Ils ont mis au point un procédé du nom de « Supercavitation » pour leurs torpilles. Leur raisonnement est très simple : si les frottements dans l’eau sont bien supérieurs à ceux dans l’air et que l’on veut que les torpilles aillent bien plus vite, pourquoi ne pas créer une couche d’air autour du projectile ? Et c’est ce qu’ils ont fait.

Le gaz était rejeté par le nez de la torpille pour que la bulle entoure bien toute l’ogive.

C’est en regardant un reportage sur les manchots d’Afrique du Sud que je me suis posé la question suivante : est-ce que ces petits êtres, n’ayant pas forcément un physique taillé pour l’aérodynamisme (à première vue) ou une peau comme celle des requins, n’utiliserait pas la même méthode que pour ces torpilles ?

On retrouve le même phénomène dans la photo ci-dessous, le même mouvement que les torpilles. Sauf qu’ils n’éjectent pas de gaz par le bec, mais ils font en sorte de conserver l’oxygène sous leurs plumes et quand ils ont besoin d’accélérer, ils ouvrent leurs plumes pour libérer l’oxygène et ainsi former une bulle d’air autour d’eux. Est-ce que les scientifiques russes se sont inspirés des pingouins pour leurs torpilles ? Probablement pas, mais la nature avait déjà inventé ce phénomène bien avant les hommes.

 

Pour finir…

Il existe un autre animal tout aussi intéressant qui utiliserait également ce même procédé. La crevette mante ou plutôt squille, fait entre 4 et 18 cm et vit dans les récifs coralliens dans l’océan Indien et le Pacifique.

Elle se servirait de cette méthode pour chasser et non se déplacer. Sa force de frappe avec ses pinces est tellement rapide et puissante, que des bulles de vapeur se créent autour de ces mêmes membres, ce qui ne fait qu’accroître l’impact du coup.

Elle peut assommer des proies juste en frappant à côté, l’onde de choc est tellement puissante, que cela suffit à les étourdir voir les tuer.

Je vous invite à vous renseigner sur cette crevette car elle a également des globes oculaires particulièrement développés, bien plus que ceux des humains, et une carapace possédant des caractéristiques qui pourrait nous être tout aussi utiles…

Une magnifique source d’inspiration pour les férus de biomimétisme !

 

Arthur CG